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        <article-title>Systématisation d'une Démarche de Sécurisation par Conformité Ajustée aux Besoins et Enjeux de Sécurité - une Revue Critique</article-title>
      </title-group>
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        <contrib contrib-type="author">
          <string-name>Stéphane Paul</string-name>
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          <string-name>Nicolas Van Cauter</string-name>
          <email>nicolas.vancauter@thalesgroup.com</email>
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          <string-name>Paul Varela</string-name>
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        <contrib contrib-type="author">
          <string-name>Simon Leboeuf</string-name>
          <email>mickael.leboeuf@thalesgroup.com</email>
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        <contrib contrib-type="author">
          <string-name>et Michael Catroux</string-name>
          <email>michael.catroux@thalesgroup.com</email>
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          <label>0</label>
          <institution>Thales Research &amp; Technology</institution>
          ,
          <addr-line>1 avenue Augustin Fresnel, 91767 Palaiseau cedex</addr-line>
          ,
          <country>France Thales</country>
          <institution>SIX GTS France</institution>
          ,
          <addr-line>4 avenue des Louvresses 92230 Gennevilliers cedex, France Thales Services Numériques, Mérignac 33700</addr-line>
          ,
          <country country="FR">France</country>
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      <pub-date>
        <year>2021</year>
      </pub-date>
      <fpage>213</fpage>
      <lpage>231</lpage>
      <abstract>
        <p>Résumé Les approches pour sécuriser un système se sont longtemps organisées en deux camps. Le premier camp privilégiait une étude de la conformité vis-à-vis de référentiels génériques. L'autre camp privilégiait l'étude exhaustive de scénarios de risque en tant qu'outil support à la prise de toute décision de sécurisation. Cependant, ces approches ont montré leurs limites. L'étude par conformité est simple, mais ne colle pas forcément aux besoins et enjeux. L'étude par scénarios est exhaustive et spécifique, mais laborieuse, pour au final proposer un bon nombre de mesures de sécurité classiques. Suite à ce constat, des approches hybrides sont apparues : d'abord une étape de sécurisation par conformité, plus ou moins ad-hoc, propice à une certaine automatisation, puis une étape d'analyse par scénarios, manuelle et à dire d'expert, pour compléter le socle de mesures, si nécessaire. Ces approches hybrides rebattent les cartes d'un point de vue sociétal et d'organisation du travail. Les ingénieurs et architectes généralistes prennent l'initiative sur certaines activités de cybersécurité, libérant de fait du temps pour les experts, qui peuvent se concentrer sur des activités à haute valeur ajoutée. Cependant, le premier niveau de sécurisation par conformité reste une opération globalement mal maîtrisée qu'une automatisation pourrait simplifier. Ce papier effectue une revue critique des normes et standards actuels qui proposent cette approche hybride. Il explique notamment les fondements et les automatismes à la base de la détermination d'un socle de sécurité pour sécuriser, par conformité, au juste besoin, et en fonction des enjeux.</p>
      </abstract>
    </article-meta>
  </front>
  <body>
    <sec id="sec-1">
      <title>-</title>
      <p>explains the fundamentals and the mechanisms underlying the determination of a security
baseline to secure, by compliance, in line with the needs and stakes, which can be automated.</p>
    </sec>
    <sec id="sec-2">
      <title>1. Introduction</title>
      <p>On a pu autrefois considérer la sécurisation
des systèmes comme une combinaison coûts /
délais qui pénalise la mise sur le marché ou la
mise en service opérationnel. Un discours plus
moderne intègre la sécurisation des systèmes
dans une démarche qualité. On parle alors de
système de management et d’amélioration
continue de la sécurité, en posant en filigrane la
question du coût de l’insécurité.</p>
      <p>Les approches pour sécuriser un système (ou
une organisation) se sont longtemps organisées
en deux camps. Le premier camp privilégiait
une approche par conformité vis-à-vis de
référentiels de mesures de sécurité. Le
représentant le plus emblématique de ces
référentiels est le recueil de bonnes pratiques
pour le management de la sécurité de
l’information [1] du département du commerce
et de l’industrie du gouvernement anglais de
1992, devenu successivement le BS 7799 en
1995, puis l’ISO/CEI 17799 en 2000, et enfin
l’ISO/CEI 27002 [2] en 2007. A l’opposé, le
second camp privilégiait une étude exhaustive
de scénarios de risque, potentiels ou avérés, en
tant qu’outil support à la prise de toute décision
de sécurisation. Les représentants de cette
approche incluent l’ISO/CEI 27005 [3], le NIST
SP 800-30 [4], MEHARI [5], MAGERIT [6] ou
les évolutions de la méthode EBIOS [7] jusqu’à
la version EBIOS-2010 incluse.</p>
      <p>Ces deux approches ont montré leurs limites.
Selon une estimation du BSI [8], l’étude par
conformité traite efficacement au mieux 80%
des menaces, notamment celles qui sont de
niveau faible à moyen. De plus, les mesures
issues de cette approche ne sont pas toujours
finement adaptées au besoin : elles peuvent être
insuffisantes ou excessives. A contrario, l’étude
exhaustive par scénarios de risques permet une
couverture au plus juste, avec des mesures de
sécurité ad hoc, mais elle est très couteuse.</p>
      <p>Suite à ce constat, ces deux approches ont
actuellement tendance à fusionner pour donner
des démarches hybrides, avec la promesse du
meilleur des deux mondes : d’abord une
sécurisation par conformité vis-à-vis d’un socle
de mesures de sécurité relativement ajusté aux
besoins et enjeux de sécurité, puis une étape par
scénarios de risque pour compléter ce socle, si
et seulement si cela s’avère nécessaire.</p>
      <p>Ces nouvelles démarches hybrides rebattent
les cartes d’un point de vue sociétal et
d’organisation du travail. En effet l’approche
par scénarios a historiquement cantonné la
sécurisation des systèmes aux mains des seuls
spécialistes en sécurité de l'information,
entrainant de fait une faible implication des
métiers. A l’opposé, l’approche par conformité
permettait sans doute trop facilement aux
métiers de ne pas faire appel à ces mêmes
spécialistes. Les démarches hybrides ouvrent la
voie à un réel rééquilibrage : les ingénieurs et
architectes généralistes prennent l’initiative sur
certaines activités d’ingénierie de la
cybersécurité. Ils libèrent ainsi du temps pour les
experts, qui peuvent se concentrer sur des
activités à haute valeur ajoutée.</p>
      <p>Cependant, pour les ingénieurs et architectes
généralistes qui font leurs premiers pas en
cybersécurité, mais aussi pour les spécialistes
habitués à procéder uniquement par scénarios
de risque, ce premier niveau de sécurisation
avec un socle de sécurité reste une opération
globalement mal maîtrisée qu’une
automatisation pourrait simplifier.</p>
      <p>Nous avons introduit la notion de socle de
sécurité. Il s’agit d’un ensemble d’exigences de
sécurité, issues de textes réglementaires, de
normes et standards (notamment les guides
d’hygiène), d’obligations contractuelles, et/ou
de la politique de sécurité des systèmes
d’information interne à l’organisation. La
définition de ces socles de sécurité peut être
systématisée, voire automatisée. Pour un
système, une ligne de produits ou une
organisation, la définition d’un socle de sécurité
permet d’imposer un ensemble de mesures de
sécurité sans qu’il ne soit nécessaire de justifier
chaque mesure par l’identification des risques.
La justification est apportée indépendamment
de l’étude par l’historique des atteintes passées
et/ou par le niveau de maturité que
l’organisation cherche à atteindre et/ou par un lien
préalablement établi entre ces mesures de sécurité et
les menaces qui pèsent sur le sujet de l’étude.</p>
      <p>Devant la montagne de référentiels de
processus, de patrons d’architecture et/ou de
mesures de sécurité disponibles, il n’est pas
toujours facile de faire un choix éclairé, de
distinguer le nécessaire du superflu. Juste pour
citer quelques exemples, il existe des standards
de cybersécurité :
 Génériques, e.g., les familles ISO/CEI 27k
[9], NIST SP 800 [10], les mesures
minimum de sécurité de l’ENISA [11] issues
des travaux de la directive européenne
2016/1148 [12] (usuellement désignée sous
les noms de Directive SRI) ou encore,
l’ITGrundschutz Kompendium [13],
 Par profil technique, e.g., ISA/CEI 62443
[14] pour les systèmes de contrôle
industriels, ou SecNumCloud [15] pour
l’informatique en nuage,
 Par domaine d’activité, e.g., l’ISO/CEI
80001 [16] pour les équipements médicaux,
l’ISO/SAE DIS 21434 [17] pour
l’information automobile, ou PCI [18] pour la
protection des données de comptes.</p>
      <p>Par ailleurs, les démarches hybrides les plus
matures ne font pas que juxtaposer une
approche par conformité et une approche par
scénario. La détermination du socle de sécurité
devient une activité d’ingénierie à part entière,
afin que ce dernier soit le plus adapté possible
aux besoins et enjeux de sécurité du contexte
étudié. Un socle bien ajusté réduit l’étude par
scénario de risque au minimum. Typiquement,
il n’est plus question d’appliquer toutes les
mesures d’un référentiel (e.g., l’ISO/CEI 27002
[2]) sans réfléchir au préalable à l’adéquation
entre ces mesures et les besoins et enjeux.</p>
      <p>
        Cette publication analyse comment les
nouvelles démarches hybrides aident à sécuriser
un système par conformité au juste besoin et/ou
de façon proportionnée aux enjeux. Elle
commence par définir ce qu’est le juste besoin
et la notion d’enjeu (cf. chapitre 2). La maîtrise
préalable de ces notions est un prérequis à
l’automatisation de l’identification du socle de
sécurité. Elle dresse ensuite un panorama de
plusieurs démarches hybrides, en détaillant
comment chacune propose de déterminer le
socle de sécurité (chapitre 3) ; l’automatisation
de cette détermination est discutée. Enfin, une
synthèse met en avant les forces et faiblesses
des différentes méthodes (cf. chapitre 4). Ce
papier n’aborde pas le volet de sécurisation par
scénario des différentes méthodes car, étant
actuellement avant tout à dire d’experts, il ne se
prête pas trivialement à une automatisation.
2 Dans ce contexte, deux notions sont couramment utilisées,
parfois à tort : celle de besoin de sécurité et celle d’objectif de
Proceedings of the 28th C&amp;ESAR (
        <xref ref-type="bibr" rid="ref54 ref59 ref71">2021</xref>
        )
      </p>
    </sec>
    <sec id="sec-3">
      <title>2. Besoins et enjeux de sécurité</title>
      <p>Lorsqu’on réalise une étude de sûreté de
fonctionnement dans le monde de l’avionique,
une donnée d’entrée importante est le niveau
cible de sûreté de fonctionnement à tenir,
généralement exprimé en nombre d’accidents
par heure de vol, typiquement 10-7. L’étude
consistera alors à s’assurer que cette cible est
atteinte, éventuellement avec une petite marge.</p>
      <p>Lorsque l’on réalise une étude de
cybersécurité, il n’y a personne pour nous fixer une
telle cible. Viser trop bas expose l’organisation
à des conséquences qu’elle ne pourra peut-être
pas assumer. Viser trop haut engendre des coûts
injustifiables. Alors, comment déterminer le
juste besoin2 de sécurité ? et comment s’assurer
d’une sécurisation proportionnée aux enjeux ?</p>
    </sec>
    <sec id="sec-4">
      <title>2.1. Identifier les besoins</title>
      <p>Le besoin de sécurité est intrinsèquement lié
au domaine d’activité. On sent confusément que
la détermination du besoin n’est pas du ressort
du seul spécialiste en cybersécurité. Ce dernier
doit solliciter le support de la direction pour
comprendre la politique / stratégie de
l’organisation et des experts métier pour comprendre les
raisons qui sous-tendent les besoins exprimés.
L’objectif est de déterminer avec eux le seuil de
perturbations à partir duquel le système n’est
plus considéré en fonctionnement nominal.</p>
      <p>De façon générale, les besoins de sécurité
s’expriment en termes de critères de
disponibilité, d’intégrité et de confidentialité
(D-I-C) vis-à-vis de leurs valeurs métier.
Certaines communautés peuvent y rajouter
d’autres critères, comme par exemple
l’authenticité dans la directive SRI [12].</p>
      <p>La première étape pour l’identification du
besoin consiste à sélectionner, avec les experts
métier, les critères de sécurité pertinents.
Chacun de ces critères s’exprime avec une
échelle. La définition de l’échelle dépend du
domaine, voire de l’organisation, ou du système
étudié dans son contexte d’emploi. Pour une
activité de contrôle aérien, l’échelle pour le
critère de disponibilité s’exprimera
vraisemblablement en millisecondes d’indisponibilité. Par
contraste, pour un travail administratif /
sécurité. Nous utiliserons ici les définitions de l’ISO/CEI 27003
[17].
bureautique, l’échelle s’exprimera
probablement en nombre d’heures d’indisponibilité.</p>
      <p>Toujours avec les experts métier, la seconde
étape pour l’identification du besoin consiste à
fixer, pour chaque critère de sécurité, les
différents niveaux au sein de cette échelle. Il
faut ici se poser la question du sens de chaque
échelon. Par exemple, y-a-t-il une vraie
différence opérationnelle entre un temps de
réponse du système de 50 ms et un temps de
réponse de 200 ms ? Si oui, alors un palier peut
effectivement être défini.</p>
      <p>Événement Redouté :
indisponibilité &gt; 6h
Sujet de l’étude en mode
dégradé ou gestion de crise</p>
      <p>Faible Standard
(&lt;24h) (&lt;12h)</p>
      <p>Sujet de l’étude en
fonctionnement nominal</p>
      <p>Elevée Forte
(&lt;6h) (&lt;1h)
Besoin de sécurité non satisfait
=&gt; le niveau d’impact définit
la sévérité de l’ER</p>
      <p>Besoin de
sécurité
exprimé</p>
      <p>Supposons par exemple une échelle pour le
critère de disponibilité (cf. Figure 1), avec
quatre niveaux (Faible, Standard, Elevée, Forte)
définissant la durée d'indisponibilité maximale
autorisée pour une valeur métier
(respectivement 24h, 12h, 6h et 1h).</p>
      <p>La troisième et dernière étape pour
l’identification du besoin consiste à déterminer
le seuil à partir duquel le sujet de l’étude quitte
son fonctionnement nominal, et rentre en
gestion de crise. Ce seuil est une ligne rouge que
la valeur métier ne doit pas franchir (cf. Figure
1). Sur l’échelle du critère de sécurité, le dernier
niveau acceptable avant le franchissement de ce
seuil est défini comme étant le besoin de
sécurité pour ce critère. Le franchissement de
ce seuil s’appelle un événement redouté. Dans
l’exemple de la Figure 1, le besoin est exprimé
pour une disponibilité Elevée, et l’événement
redouté correspond à une indisponibilité de la
valeur métier allant au-delà des six heures.</p>
      <p>Le besoin de sécurité étant maintenant
identifié, il convient de déterminer la gravité du
franchissement de la ligne rouge.</p>
    </sec>
    <sec id="sec-5">
      <title>2.2. Identifier les enjeux</title>
      <p>En correspondance du besoin de sécurité, et
de l’évènement redouté qui en découle, est
associé une gravité. La gravité est une mesure
des enjeux liés à la non-tenue du besoin.
Comme les besoins de sécurité, la gravité
s’exprime au moyen d’une échelle. Voici
quelques exemples :
 Le guide de la méthode EBIOS - Risk
Manager [19] définit une échelle de 4
niveaux : G1 – mineure, G2 – significative,
G3 – grave, et G4 – critique ;
 Le NIST FIPS 199 [20] définit une échelle à
3 niveaux de gravité : Low (faible),
Moderate (modérée) et High (élevée) ;
 La société Thales définit, dans les guides de
cybersécurité [21] [22] pour ses propres
architectes système, une échelle à 5 niveaux,
numérotée de 1 à 5.</p>
      <p>Dans la mesure où un événement redouté
traduit une sortie du mode nominal, il est
possible de lister les conséquences négatives de
la survenue de cet événement, et d’accoler à
chaque conséquence un niveau d’impact.</p>
      <p>Le niveau d’impact s’exprime lui aussi au
moyen d’une échelle. Là encore, la liste des
conséquences, avec leurs types et leurs niveaux
d’impact, peut être définie spécifiquement pour
l’étude, reprise d’un guide méthodologique,
d’une norme ou d’un standard ou mieux encore,
du référentiel de l’organisation. Typiquement,
le standard anglais HMG Information
Assurance Standard No.1 [23] définit plusieurs
échelles de niveaux d’impact pour différents
secteurs d’activité, dont la défense, les relations
internationales, le commerce, les infrastructures
critiques, ou encore la vie et la santé des
personnes (cf. Table 1).</p>
      <p>La définition des échelles de gravité et de
niveaux d’impact doit s’accompagner d’une
mise en relation entre les niveaux d’impacts et
les niveaux de gravité. Par exemple, si l’on
retient l’échelle de gravité du guide de la
méthode EBIOS - Risk Manager [19] et
l’échelle d’impacts du standard anglais HMG
Information Assurance Standard No.1 [23], on
pourrait choisir de dire que :
 Les niveaux d’impact 0 à 2 correspondent à
une gravité G1 – mineure ;
 Le niveau d’impact 3 correspondent à une
gravité G2 – significative ;
 Le niveau d’impact 4 correspondent à une
gravité G3 – grave ;
 Les niveaux d’impact 5 à 6 correspondent à
une gravité G4 – critique.</p>
      <p>Une fois établi la corrélation entre niveaux
d’impacts et niveaux de gravité, il suffit de lister
les conséquences d’un événement redouté pour
en déduire la gravité. De plus, cette corrélation
peut être réutilisée à travers plusieurs études.
Elle assure une automatisation3 de
l’identification de la gravité, ainsi qu’une cohérence des
appréciations à travers les différents
intervenants sur une étude. En effet, le travail sur les
seules conséquences est souvent plus objectif
que le choix d’un niveau de gravité ex nihilo.</p>
    </sec>
    <sec id="sec-6">
      <title>2.3. Besoins versus enjeux</title>
      <p>Dans notre démarche jusqu’ici, nous avons
montré comment identifier un besoin de
sécurité, puis comment estimer l’enjeu du
nonrespect de ce besoin au moyen de la gravité de
l’événement redouté associé. A ce stade, il est
fréquent de faire un amalgame entre niveau du
besoin de sécurité et gravité du non-respect de
ce besoin. Il est en effet assez intuitif de penser
que plus le besoin serait fort, et plus la gravité
de sa violation serait forte. Ceci n’est pourtant
pas toujours vrai. Pour les trois critères (i.e.
disponibilité, intégrité et confidentialité), nous
allons présentement montrer qu’il est possible
qu’un besoin soit exprimé en bas de l’échelle
des besoins, mais que son non-respect soit
critique, ou qu’inversement, un besoin soit exprimé
en haut de l’échelle, mais que les conséquences
de son non-respect soient mineures.</p>
      <p>
        Disponibilité. Soit un système de
communication radio de haute disponibilité pour une
équipe d’intervention au sol. En cas de perte de
la communication, la gravité ne serait que
modérée, car une procédure consistant à
envoyer une équipe de récupération sur la
dernière position connue est une solution
envisageable techniquement à un coût tolérable.
A l’inverse, le niveau de disponibilité exprimé
pour un système de contrôle d’une sonde
spatiale peut être assez faible, alors même que
3 Si la méthode est outillée, il est souhaitable que la gravité
calculée puisse éventuellement être remplacée manuellement par
Proceedings of the 28th C&amp;ESAR (
        <xref ref-type="bibr" rid="ref54 ref59 ref71">2021</xref>
        )
le non-respect de ce besoin (c'est à dire une
indisponibilité totale nécessitant une intervention
manuelle de réparation) serait catastrophique,
car synonyme de la perte définitive de la sonde.
      </p>
      <p>Intégrité. L’illustration avec le critère
d’intégrité est un peu plus délicate car les
échelles d’intégrité sont moins intuitives.
Définissons l’échelle suivante pour l’intégrité
d’une information :
 I1 : la donnée peut être corrompue ;
 I2 : la donnée peut être corrompue, mais cet
état de corruption est alors connu ;
 I3 : comme I2, mais un moyen est offert pour
solliciter à nouveau la donnée jusqu’à ce
qu’elle soit intègre ;
 I4 : la donnée est toujours intègre.</p>
      <p>En s’appuyant sur cette échelle d’intégrité, il
va être illustré que les conséquences du
nonrespect de l’intégrité d’une donnée classée I2
peuvent être plus graves que le non-respect de
l’intégrité d’une donnée classée I4. Ainsi les
informations de positions et de vitesses des
avions données par un radar primaire à un
contrôleur aérien sont classées I2. Une position
corrompue mais signalée comme intègre par le
système, et donc interprétée comme intègre par
le contrôleur aérien, peut mener à un accident
entre deux avions. Du point de vue d’un
passager, cela peut signifier sa mort. A
l’inverse, il est crédible d’imaginer que la
consommation électrique d’un ménage français,
calculé par le compteur Linky, est classée I4.
Du point de vue d’un consommateur lambda,
une erreur d’intégrité sur son compteur
entrainera au plus une sur- ou une
sousfacturation de quelques centaines d’euros.</p>
      <p>Confidentialité. Soit une information
classifiée au niveau Confidentiel – Union
Européenne (C-UE) et une autre information
classifiée au niveau Secret – Union Européenne
(S-UE). Ces deux classifications relèvent du
pénal, cependant le code pénal français (art.
411-7 et 413-10) retient comme critère
discriminant, non pas le niveau de sensibilité de
une valeur proche (plus forte ou plus faible), dans la mesure où
cette modification est explicitement justifiée.
l’information compromise (i.e. son besoin de
sécurité), mais le niveau d’intentionnalité de la
compromission. Ainsi la peine encourue pour
une compromission intentionnelle d’une
information p. ex. C-UE est plus lourde (10 ans
d’emprisonnement et 150 000€ d’amende) que
pour la compromission par négligence d’une
information p. ex. S-UE (3 ans
d’emprisonnement et 45 000€ d’amende).</p>
      <p>Nous venons de montrer que les niveaux du
besoin de sécurité et de gravité de l’évènement
redouté associé (c'est à dire l’enjeu) ne
représentent pas la même chose. Ce sont deux
dimensions complémentaires utiles pour la
détermination des mesures de sécurité. Le
niveau des besoins de sécurité détermine le
« niveau de force » à mettre dans les mesures de
sécurité, tandis que les enjeux déterminent le
« niveau de garantie » sur l’efficience de ces
mesures.</p>
      <p>Ces deux leviers fonctionnent selon des
logiques différentes. Le besoin de sécurité
exprime le coût à faire de la sécurité. Plus le
niveau du besoin de sécurité est élevé, plus les
mesures de sécurité devront être fortes, et donc
généralement coûteuses. Par contraste, la
gravité de l’évènement redouté exprime le coût
à ne pas faire suffisamment de sécurité pour
empêcher l’événement redouté de survenir. Il ne
s’agit pas là de mettre en place des fonctions de
sécurité plus fortes, mais de s’assurer de la
bonne mise en oeuvre, de la résistance et/ou de
la résilience des mesures précitées. Cela se
traduit généralement par des mesures de
vérification et validation. Une bonne maîtrise de
la distinction entre ces deux notions est
primordiale pour l’automatisation du choix du socle de
sécurité. Le niveau du besoin de sécurité
guidera la sélection des mesures de sécurité
fonctionnelles, et le niveau des enjeux guidera
le choix des mesures de sécurité
nonfonctionnelles complémentaires pour obtenir le
niveau de garantie requis sur l’efficience des
mesures de sécurité fonctionnelles.</p>
      <p>Exemple. Soient deux informations que l’on
veut intègres durant tout leur cycle de vie (i.e.
niveau I4 dans l’échelle donnée ci-dessus).
D’un côté la trace d’un système d’enchères en
ligne entre particuliers ; la trace doit servir de
preuve en cas de contestation. De l’autre côté,
les coordonnées d’une cible affectée à un
missile. Dans les deux cas, le besoin d’intégrité
implique l’usage d’une fonction de hachage
cryptographique. Cependant, il existe un grand
nombre d’algorithmes de hachage, plus ou
moins résistants aux attaques, sans compter la
qualité de l’implémentation de ces algorithmes.
Dans le cas du système d’enchères, le niveau
d’impact d’une altération de la trace serait
vraisemblablement modéré : impact financier,
impact d’image. Dans le cas du système de tir,
le niveau d’impact d’une altération des
coordonnées serait vraisemblablement critique :
impact sur la vie humaine, impact juridique,
impact géopolitique. De ces différentes
gravités, on peut justifier les deux décisions
suivantes. Pour le site d’enchères, une fonction
de hachage de type MD5 issue d’une
bibliothèque standard en source ouverte. Pour le
système de missiles, une fonction de hachage de
type SHA-2 issue d’une bibliothèque de
fonctions cryptographiques ayant fait l’objet
d’une preuve formelle de niveau EAL7. Ces
deux décisions, qu’on pourrait qualifier ici de
raisonnables, résultent en fait de l’aversion au
risque du décisionnaire. Elles sont
automatisables sous condition d’une très bonne maîtrise
des notions de besoin et d’enjeu de sécurité.</p>
    </sec>
    <sec id="sec-7">
      <title>2.4. Conclusion partielle</title>
      <p>Nous avons rappelé (cf. chapitre 1) que les
nouvelles démarches de sécurisation hybrides
procèdent en deux étapes : d’abord une
sécurisation par conformité vis-à-vis d’un socle
de mesures de sécurité plus ou moins ad-hoc,
puis une étape par scénarios de risque pour
compléter ce socle, si nécessaire.</p>
      <p>Nous avons ensuite montré (cf. chapitre 2)
comment le besoin de sécurité et la gravité du
non-respect de ce besoin sont deux notions
complémentaires qui doivent être utilisées de
concert pour déterminer les mesures de sécurité
fonctionnelles et non-fonctionnelles les mieux
ajustées aux besoins et aux enjeux de sécurité.</p>
      <p>Nous allons maintenant voir (cf. chapitre 3)
que ce type de raisonnement sur les besoins et
les enjeux, auquel il faut ajouter la prise en
compte du niveau des cyberattaques, est à la
base de la détermination des socles de sécurité
de la plupart des nouvelles démarches hybrides.
En effet, alors que les approches par conformité
ont tendance à appliquer sans état d’âme un
catalogue entier de mesures de sécurité (e.g.
l’ISO 27001 et son catalogue ISO 27002), les
démarches hybrides tendent à sélectionner, plus
ou moins finement, les mesures à insérer dans
le socle. Cette sélection fine se fait sans réaliser
d’analyse de risque à proprement parler,
notamment sans analyse de vulnérabilités.</p>
      <p>Ce qui est particulièrement intéressant, c’est
que la démarche de détermination du socle peut
être systématisée, et mise à la portée de tous, y
compris des non-spécialistes en cybersécurité.</p>
      <p>Nous allons maintenant effectuer un état de
l’art des principales démarches hybrides qui
instancient toutes plus ou moins ce
cheminement. Nous discuterons ensuite de
l’automatisation possible de ces démarches.</p>
    </sec>
    <sec id="sec-8">
      <title>3. Les grandes démarches hybrides</title>
      <p>Toutes les démarches de management des
risques présentées ci-dessous préconisent une
sélection d’un socle de sécurité en préalable à
une évaluation des risques de sécurité à base de
scénarios. Leur choix a été motivé par le fait
qu’il existe d’importantes disparités entre elles
sur la façon de déterminer ce socle, avec des
compromis sur la simplicité de la démarche, et
la généricité du résultat, notamment sur le
niveau d’ajustement du socle aux besoins et aux
enjeux.</p>
      <p>Cet état de l’art ne s’intéresse qu’à la partie
méthodologique concernant la sélection d’un
socle de sécurité et sa potentielle
automatisation. Elle ne présente pas la démarche globale
de management des risques.</p>
    </sec>
    <sec id="sec-9">
      <title>3.1. EBIOS - Risk Manager</title>
      <p>La sécurisation par conformité est une des
nouveautés de la méthode EBIOS - Risk
Manager [19] par rapport à l’ancienne version
de la méthode, dite EBIOS-2010. Avec EBIOS
- Risk Manager, le socle est déterminé selon la
pyramide du management du risque numérique
(cf. Figure 2). Par postulat, une bonne hygiène
informatique générique [24] permet de lutter
efficacement contre les attaques simples. Pour
des cyberattaques de niveau élaboré, le socle
doit s’enrichir des normes et textes
règlementaires applicables. Selon l’Agence Nationale de
la Sécurité des Systèmes d'Information
(ANSSI), le socle de sécurité est donc donné
pour un niveau donné de cyber-attaques, en
l’occurrence de simple à élaboré. On retrouve
ici en filigrane le résultat de l’étude du BSI [8]
indiquant que le socle de sécurité permettrait de
traiter 80% des attaques.</p>
      <p>Selon la méthode, l’appréciation des risques
par scénarios n’est réalisée que pour les
systèmes ou organisations faisant face aux
attaques les plus avancées et dont le socle de
sécurité aura été préalablement implémenté. Il
est à noter que la méthode fait l’hypothèse que
les risques accidentels et environnementaux
sont entièrement traités par le socle de sécurité.
De ce fait, l’appréciation des risques par
scénarios ne s’intéresse qu’aux seuls risques
numériques intentionnels.</p>
      <p>Figure 2 : Pyramide du management du risque</p>
      <p>Concernant les règles d’hygiène, l’ANSSI
propose un catalogue de 42 mesures [24]. Ce
catalogue est structuré en règles de niveau
standard ou de niveau avancé.</p>
      <p>En complément, pour aussi couvrir les
attaques élaborées, l’ANSSI a publié ces
dernières années un certain nombre de guides de
bonnes pratiques sur des thématiques précises,
avec en fil rouge une approche par niveaux de
mise en oeuvre, dite MIRE (pour Minimal,
Intermédiaire, Renforcé, Elevé), qui facilite
l’extraction automatique des règles. Pour le
cadre réglementaire, la méthode renvoie vers
une page web [25]. Cependant les textes qui s’y
trouvent n’ont pas été rédigés en ayant à l’esprit
leur utilisation pour construire un socle de
sécurité. En attendant leur mise à jour, leur
traitement automatisé n’est pas aisé.</p>
      <p>Pour finir, il est à regretter que la méthode
n’explique ni comment doit se faire la sélection
des référentiels, ni le niveau de granularité ou
de profondeur attendu. Les règles des guides de
bonnes pratiques, avec leur niveau MIRE
associé, peuvent cependant être un bon point de
départ. L’utilisation de ces niveaux permet
l’établissement de groupes de mesures de
sécurité à appliquer de manière automatique
dans des exigences projets en fonction du
besoin de sécurité exprimé.
3.2. NIST</p>
      <p>Le cadre de management du risque du NIST
SP 800-37 [26] définit deux approches pour
sélectionner un socle de sécurité : soit par la
sélection d’un profil générique, soit par la
sélection d’un profil ad-hoc.</p>
      <p>Le NIST SP 800-53B [27] est un bon
exemple de profil relativement générique. Ce
standard s’applique à toutes les informations et
tous les systèmes du gouvernement fédéral
américain (cf. Figure 3). Les standards NIST
SP800-171 [28] et NIST SP800-172 [29] sont
de bons exemples de profils ad-hoc. Ces
derniers s’appliquent uniquement à la
confidentialité des informations contrôlées non
classifiées du gouvernement fédéral lorsqu’elles sont
manipulées par un système non fédéral.</p>
      <p>Les mesures incluses dans les profils du
NIST SP 800-53B sont celles des catalogues
NIST SP 800-53 [30] et NIST SP 800-53A [31].
Ces catalogues listent un ensemble de près d’un
millier de mesures de sécurité, respectivement
fonctionnelles et non-fonctionnelles, réparties
en vingt familles. Pour les informations et
systèmes du gouvernement fédéral américain,
les profils du NIST SP 800-53B sont
sélectionnés exclusivement en fonction de la
gravité des enjeux. L’échelle de gravité à
utiliser est définie par le NIST FIPS-199 [20].</p>
      <p>Ce standard définit, pour chacun des trois
critères D-I-C, trois niveaux possibles de
gravité : Low (faible), Mod (modéré) et High
(élevé).</p>
      <p>Un préalable à l’utilisation du NIST SP
80053B est la catégorisation du système. Cette
catégorisation consiste à définir un niveau
d’enjeu unique pour tout le système.</p>
      <p>Selon le NIST FIPS 200 [32], ce niveau
d’enjeu unique, transverse aux différents
critères de sécurité, est défini comme étant égal
à la plus forte des gravités de tous les
événements redoutés.</p>
      <p>
        La Figure 3 illustre un extrait du NIST SP
800-53B focalisé sur la famille des mesures de
contrôle d’accès. Elle montre notamment que,
quels que soient les enjeux, la définition de la
politique et des procédures de contrôle d’accès
(AC-1), ainsi qu’une gestion des comptes
(AC2) sont nécessaires. En revanche,
l’automatisation de cette gestion des comptes (AC-2(
        <xref ref-type="bibr" rid="ref20 ref64">1</xref>
        ))
n’est requise que lorsque la gravité des enjeux
est Mod (modéré) ou High (élevé).
      </p>
      <p>Les standards NIST SP 800-171 et NIST SP
800-172 s’appuient eux aussi sur les catalogues
NIST SP 800-53 et NIST SP 800-53A, mais la
sélection des socles n’est plus basée
exclusivement sur la gravité des enjeux.</p>
      <p>La sélection s’appuie aussi sur le besoin de
sécurité (en l’occurrence ici, la confidentialité
des informations contrôlées non classifiées), et
le niveau des cyberattaques. Notamment, le
NIST SP 800-171 définit un profil
correspondant à un sous-ensemble du profil
Mod (modéré) du NIST SP 800-53B, en ne
retenant que les exigences pertinentes vis-à-vis
de la confidentialité. Les exigences du NIST SP
800-172 complètent celles du NIST SP 800-171
pour lutter plus efficacement contre des
menaces persistantes avancées (APT). De fait,
les standards NIST SP 800-171 et NIST
SP800172 peuvent aussi être vus comme les réponses
à un même niveau de besoin de sécurité face à
deux niveaux différents de cyberattaque.</p>
      <p>Les standards proposés par le NIST sont les
plus avancés en matière d’automatisation. Leur
utilisation importante, notamment sur le marché
américain, permet à la communauté scientifique
de bénéficier de ces bases sous différents
formats (Excel, OSCAL, etc.) permettant de les
intégrer facilement dans des outils de gestion
d’exigences et de conformité, ou bien dans des
outils de déploiement automatique de mesures
de sécurité, comme cela sera expliqué par la
suite dans cette publication.</p>
      <p>3.3. NSA</p>
      <p>La démarche de la NSA est une amélioration
de la méthode du NIST. Elle est basée sur le
même jeu de documents, sauf que le NIST SP
800-53B [27] est remplacé par le CNSS 1253
[33]. Le CNSS 1253 propose lui aussi un
découpage des mesures du NIST SP 800-53 en
trois profils correspondant à la gravité des
enjeux de sécurité, cependant il le fait cette fois
pour chacun des trois critères de sécurité
(disponibilité, intégrité et confidentialité)
indépendamment.</p>
      <p>La Figure 4 illustre un extrait du CNSS 1253
focalisé sur les mesures de contrôle d’accès.
Elle montre que, quels que soient les enjeux, la
définition de la politique et des procédures de
contrôle d’accès est toujours nécessaire. En
revanche, une gestion des comptes n’est
nécessaire que pour assurer la confidentialité et
l’intégrité du système.</p>
      <p>L’approche de la NSA comble ainsi le défaut
majeur de l’approche du NIST, notamment pour
les systèmes civils et commerciaux. Par
exemple, sur un système de contrôle de trafic
aérien, une violation des besoins de
disponibilité ou d’intégrité peut conduire à un
accident d’avion, et la perte de centaines de vies
humaines. Selon le NIST, le système serait donc
catégorisé selon le profil de gravité High
(élevée), ce qui impliquerait un niveau élevé
aussi pour les exigences en confidentialité, et
donc le chiffrement de toutes les
communications sol-bord. Ceci ne serait pas une solution
commercialement acceptable. La démarche de
la NSA est donc extrêmement efficace dans la
recherche d’une sécurisation qui soit à la fois au
juste besoin et en adéquation aux enjeux.</p>
    </sec>
    <sec id="sec-10">
      <title>3.4. BSI IT-Grundschutz</title>
      <p>L’approche du BSI pour la détermination du
socle de sécurité s’appuie sur deux documents :
le BSI-Standard 200-2 [34], qui définit la
méthode, et le référentiel
IT-GrundschutzKompendium [13].</p>
      <p>La méthode introduit trois profils de
protection nommés Basic (de base), Core
(fondamental) et Standard. Une des originalités
de l’approche du BSI est que ces profils
comprennent à la fois un processus de
sécurisation et un socle de mesures de sécurité
adaptés à la problématique. Le profil de
protection Basic offre un processus de
sécurisation simple et une hygiène de base pour
les petites entreprises ou celles à faible maturité
en cybersécurité. Le profil de protection Core
vise uniquement le sous-ensemble fondamental
des processus et des ressources d'une
organisation, les fameux joyaux de la couronne. Le
profil de protection Standard offre un niveau de
sécurité uniformément haut. Il représente
l’approche classique de l’IT-Grundschutz, et est
celui qui développe le plus loin l’utilisation du
socle de mesures de sécurité. Notamment, il
permet d’affiner le choix des exigences en
fonction des enjeux (c'est à dire la gravité des
conséquences du non-respect des besoins de
sécurité). Le BSI-Standard 200-2 [34] définit
trois niveaux d’enjeux : Normal, Haut, et Très
Haut. Ces niveaux n’influencent cependant qu’à
la marge le choix des exigences.</p>
      <p>Une particularité du catalogue de
l’ITGrundschutz est de mettre en relation des
menaces élémentaires et les exigences qui
contribuent à leur couverture. Cette matrice (cf.</p>
      <p>Figure 5) peut être vue comme le lien entre le
référentiel de sécurité et le résultat d’une
analyse de risque exhaustive par scénario basée
sur l’étude des menaces élémentaires. Elle
permet notamment de faire le lien entre une
non-conformité par rapport au socle de sécurité
et les analyses par scenarios : une
nonconformité sur une mesure de sécurité permet
de manière automatique d’identifier la ou les
menaces élémentaires à intégrer dans les
scenarios de risque. La réciproque est
également vraie : l’utilisation de cette matrice permet
de venir enrichir le socle de sécurité de manière
automatique suite à l’identification de menaces
élémentaires utilisées pour la définition de
scenarios de risques critiques pour
l’organisation. Cette approche structurée et systématique
participe à donner des capacités
d’automatisation du socle de sécurité. Le BSI se sert de
cette approche pour justifier de l’inutilité d’une
analyse de risque par scénarios à part entière
pour les systèmes d’information (SI) courants,
et cela sans remettre en cause la qualification à
une certification ISO/CEI 27001 [35]. En
revanche, pour les SI le nécessitant, le BSI
propose bien une méthode d’analyse par scénario
(cf. BSI-Standard 200-3 [36]) pour compléter le
socle de sécurité de manière ad hoc.</p>
      <p>Figure 5 : Exemple de mise en relation de
menaces et d’exigences de sécurité (BSI)</p>
      <p>Une autre particularité du catalogue de
l’ITGrundschutz est son niveau de détail. La plupart
des catalogues standardisés sont neutres au
niveau politique, et neutres au niveau
technologique. Ce n’est pas le cas du catalogue de
l’ITGrundschutz, qui aborde par exemple les
différentes versions du système d’exploitation
Windows, et bien d’autres technologies, e.g.
l’internet des objets, l’informatique dans les
nuages, la 5G, etc.</p>
      <p>Pour éviter l’obsolescence de son catalogue,
le BSI le met à jour annuellement, du moins
dans sa version officielle, qui est en allemand.</p>
      <p>Une traduction en anglais en est assez souvent
proposée, sur la base du final draft de la version
allemande, donc sans support officiel par le
BSI.
3.5. ISA/CEI 62443</p>
      <p>L’ISA/CEI 62443 [14] définit cinq niveaux
de sécurité qui traduisent la résistance d’un
système de contrôle industriel à différentes
classes d'attaquants :
 SL 0: aucune exigence ou protection
parti</p>
      <p>culière n'est requise.
 SL 1: protection contre les abus
involon</p>
      <p>taires ou accidentels.
 SL 2: protection contre les abus
intentionnels par des moyens simples avec peu de
ressources, des compétences générales et
une faible motivation.
 SL 3: protection contre une utilisation
abusive intentionnelle, par des moyens
sophistiqués, avec des ressources modérées,
des connaissances spécifiques, et une
motivation modérée.
 SL 4: protection contre les utilisations
abusives intentionnelles, à l'aide de moyens
sophistiqués, dotés de ressources étendues,
de connaissances spécifiques et d'une forte
motivation.</p>
      <p>Une fois le niveau de protection choisi, il
suffit de sélectionner les mesures
correspondantes au sein du catalogue. Cette sélection peut
donc être réalisée de manière automatique.</p>
      <p>La Figure 6 illustre un extrait de l’ISA/CEI
62443-3-3 [37] concernant la famille des
mesures d’identification et d’authentification.</p>
      <p>On peut y voir qu’un système d’identification et
d’authentification est requis quel que soit le
niveau de sécurité, mais qu’une authentification
unique n’est requise qu’à partir du niveau SL 2,
et qu’une authentification multi-facteurs n’est
requise qu’à partir des niveaux SL 3 ou SL 4,
selon que le réseau soit ou non de confiance.</p>
      <p>L’ISA/CEI 62443 organise ses mesures de
sécurité en sept familles. Une des particularités
de l’approche est que le niveau de sécurité peut
être variable d’une famille à l’autre. On parle
alors de vecteur de niveaux de sécurité. Par
contre, au sein d’une famille donnée, toutes les
mesures d’un niveau doivent être sélectionnées
pour valider le niveau.</p>
      <p>Par ailleurs, pour éviter d’imposer un même
jeu de mesures, éventuellement très
contraignant, à tout le système, l’ISA/CEI 62443
prévoit un découpage du système en zones et
conduits. La détermination du socle se fait alors
par zone, en fonction du niveau de sécurité
requis pour chaque zone.</p>
      <p>Historiquement, Thales a défini des
méthodes et référentiels de sécurité différents pour
répondre à ses besoins internes et aux besoins
de ses clients. Nous présentons brièvement ici
deux de ces approches :
 l’approche de la direction de la sécurité des
systèmes d’information (SSI) pour les
besoins propres aux SI internes de Thales, et
qui s’appuie sur une base EBIOS;
 l’approche du référentiel d’ingénierie du</p>
      <p>Groupe Thales à l’usage des ingénieurs et
architectes qui développent les systèmes que
Thales vend à ses clients, et qui s’appuie sur
une base NIST.</p>
      <p>Pour la sécurisation de ses SI internes,
Thales a défini son propre référentiel, qui
comprend un peu plus de 350 exigences de
sécurité. La sélection d’un socle de sécurité
dans ce référentiel pour un SI donné s’effectue
en fonction des besoins de sécurité exprimé
pour ce SI selon les critères D-I-C.</p>
      <p>Chaque critère de sécurité est défini par une
échelle croissante à quatre niveaux, à savoir
D1..D4, I1..I4, et C1..C4. Pour chaque exigence
de sécurité du référentiel, un tableau indique les
niveaux de besoin pour lesquels cette exigence
doit être retenue.</p>
      <p>Par exemple, sur l’extrait du référentiel de la
Figure 7, on peut voir que l’authentification</p>
      <p>Figure 6 : Extrait de l’ISA/CEI 62443-3-3</p>
      <p>La combinaison des vecteurs de niveaux et multi-facteur est nécessaire uniquement pour
du découpage en zones et conduits permet un les SI manipulant des valeurs métiers dont le
ajustement très fin du socle de sécurité aux besoin en intégrité et en confidentialité est
besoins de sécurité. Notons pour finir que ce maximal, i.e. I4 et C4. Sur la ligne au-dessous,
standard ne rend obligatoire l’analyse de risque on peut constater par contre que la protection
après la détermination du socle que s’il y a des des informations d’authentification est
systémaécarts dans l’application du socle. tiquement obligatoire, puisque nécessaire à
partir d’un besoin d’intégrité minimal, i.e. I1.
3.6. Thales La détermination et le traitement des socles
de sécurité appellent de l’outillage et de
l’automatisation. La SSI Thales s’appuie sur un
outil de gestion des exigences qui est utilisé
pour gérer la base de référence des exigences
(i.e. le socle de sécurité). Cet outil permet
notamment de générer à la demande des
tableaux ou des documents structurés
préremplis avec les éléments sélectionnés du socle,
via des requêtes contenant les besoins D-I-C du
système à sécuriser.</p>
      <p>Pour les ingénieurs et architectes qui
développent les systèmes que Thales vend à ses
clients, Thales a défini d’autres référentiels de
mesures de sécurité, ainsi qu’un processus de
sélection de mesures proche de celui de la NSA
(voir section 3.3). Une des grandes forces de
cette approche est que les référentiels sont
adaptés au domaine d’application.
Typiquement, Thales a défini un guide dédié à la
sécurisation des grands systèmes de missions
[21] et un autre guide dédié à la sécurisation des
systèmes embarqués critiques [22]. Les deux
guides ont en commun une échelle à cinq
niveaux, où :
 le niveau le plus bas correspond au jeu de
mesures obligatoires, même si l’appel
d’offre ne contient aucune exigence en
matière de cybersécurité ; les mesures
protègent contre des violations de sécurité
occasionnelles ou fortuites ;</p>
      <p>Axe Thématique
Protection Identification et</p>
      <p>authentification
 le niveau 2 correspond aux mesures à mettre
en place si la perte de confidentialité,
d'intégrité ou de disponibilité est susceptible
d'avoir un effet négatif limité sur les
opérations de l'organisation, les actifs ou les
individus ; les mesures protègent contre une
violation intentionnelle de la sécurité en
utilisant des moyens simples avec de faibles
ressources, des compétences génériques et
une faible motivation ; par conséquent, les
mesures concernent des solutions bon
marché, en termes de coûts récurrents, non
récurrents, de développement, d'installation
et/ou de maintenance ;
 le niveau 3 correspond aux mesures à mettre
en place si la perte de confidentialité,
d'intégrité ou de disponibilité est susceptible
d'avoir un effet défavorable sérieux ; les
mesures protègent contre une violation
intentionnelle de la sécurité en utilisant des
moyens sophistiqués avec des ressources
modérées, des compétences spécifiques et
une motivation modérée ; par conséquent,
les mesures soutiennent une certaine forme
de défense en profondeur (deux niveaux) ;
 le niveau 4 correspond aux mesures à mettre
en place si la perte de confidentialité,
d'intégrité ou de disponibilité est susceptible
d'avoir un effet négatif grave ou
catastrophique ; les mesures protègent contre une
violation intentionnelle de la sécurité en
utilisant des moyens sophistiqués, avec des
ressources étendues, des compétences
spécifiques et une forte motivation ; les
mesures comprennent des solutions
potentiellement coûteuses, typiquement des
produits certifiés ; ces mesures
implémentent de la défense en profondeur (jusqu'à
trois niveaux).
 le niveau 5 correspond à ce qui se fait de
mieux en matière de cybersécurité, y
compris parfois des prototypes de
laboratoire ; le fait de lister ces mesures, même si
elles ne sont pas encore matures, permet aux
concepteurs de concevoir leurs systèmes à
longue durée de vie afin que ces techniques
innovantes soient facilement intégrables à
court ou moyen termes, lorsqu’elles seront
disponibles.</p>
      <p>Cette approche a été encore raffinée au sein
de certains secteurs d’activités du Groupe
Thales, par exemple pour certaines lignes de
produits de Thales Land and Air Systems [38].</p>
      <p>Une bonne adéquation du référentiel au
domaine d’application permet de réduire
significativement le nombre de risques qui
seront éventuellement identifiés lors de
l’analyse de risque par scénario.</p>
      <p>3.7. ISO/CEI 27k</p>
      <p>L’ISO/CEI dispose d’un référentiel de
mesures de sécurité avec ISO/CEI 27002 [2] et
d’un processus de gestion des risques avec
l’ISO/CEI 27005 [3]. Même si le §8.1 de la
norme ISO/CEI 27005 indique qu'il faut
identifier les mesures de sécurité existantes et
leurs effets sur le risque identifié, il ne s’agit pas
à proprement parlé d’une démarche de
détermination d’un socle de sécurité préalable à
l’évaluation des risques de sécurité.</p>
      <p>Le principe de détermination préalable d’un
socle de sécurité a été discuté pour la prochaine
édition de l’ISO/CEI 27005, attendue pour la fin
2022, mais la norme ne proposera pas une
manière précise pour constituer ce socle.</p>
      <p>Néanmoins, l’ISO/CEI 27005 étant une norme
de la famille 27xxx, elle bénéficie du soutien en
la matière de l’ISO/CEI 27002.</p>
      <p>L’ISO/CEI 27002 est également en cours de
révision, prévue pour 2022. Elle devrait
proposer des mesures de sécurité additionnelles
tout en proposant, par mesure de sécurité, des
paramètres pour faire le lien vers d’autres
standards. Ces paramètres sont, de manière non
exhaustive, le lien avec les critères de sécurité
(D-I-C), les types de contrôles (préventif,
correctif, etc.), les différentes catégories du
NIST (Identifier, Protéger, Détecter, etc.), ou
les domaines de sécurité de l’ENISA [11]. Cette
matrice de traçabilité est primordiale pour
automatiser un suivi de conformité d’un socle
de sécurité multi-référentiels. Une fois
disponible, cette norme devrait fournir une pierre
angulaire pour l’établissement d’équivalences
entre les référentiels. Un socle pourrait ainsi
être automatiquement adapté en fonction du
référentiel applicable par contrat, sans pour
autant changer les mesures de sécurité du socle.</p>
    </sec>
    <sec id="sec-11">
      <title>4. Discussion</title>
      <p>Dans les méthodes hybrides, l’étape de
détermination du socle de sécurité se doit d’être
simple et accessible à tous les ingénieurs et
architectes système, y compris ceux qui ne sont
pas spécialisés en cybersécurité. Ce travail doit
pouvoir être réalisé en quelques heures, sans
connaissance particulière en cybersécurité, et
très tôt dans le cycle de vie du système4. Il ne
doit nécessiter aucune connaissance particulière
sur l’architecture du système. Au contraire, il
doit permettre de poser un premier cadre de
prise en compte de la sécurité dès les phases
initiales du développement système. Cette étape
est aussi, par essence, la plus propice à une
automatisation. Elle se doit d’être suivie par une
étude d’analyse de la conformité du SI au socle,
et d’une étape de sécurisation par scénarios,
notamment s’il y a des non-conformités.</p>
    </sec>
    <sec id="sec-12">
      <title>4.1. De la détermination du socle à l’étude de conformité</title>
      <p>Pour déterminer un socle de sécurité au juste
besoin et proportionné aux enjeux, la clé de
voûte est l’étape préliminaire de catégorisation
du système à sécuriser. Nous avons montré que
les différentes approches internationales (cf.
chapitre 3) offrent une grande diversité pour
cette étape. Elle peut être basée :
 sur les besoins,
 sur les enjeux,
 sur le niveau attendu des cyberattaques,
 ou encore sur une combinaison de deux ou
trois de ces dimensions.</p>
      <p>Le rapport sur la maturité en matière de
sécurité des systèmes d’information [39] de
l’ex-Direction Centrale de la Sécurité des
Systèmes d’Information (maintenant ANSSI)
poursuit un objectif autre que la définition d’un
socle de sécurité pour sécuriser un système par
conformité. Cependant, il se rapproche de ce
sujet en ce qu’il décrit brièvement :
 une démarche pour déterminer le niveau de
maturité SSI cible d’une organisation, pour
que ce niveau soit en adéquation avec les
véritables enjeux SSI de l’organisation ;
 une démarche pour déterminer le niveau réel
de maturité SSI de l’organisation ;
 une démarche pour permettre à
l’organisation d’atteindre le niveau adéquat.</p>
      <p>Pour déterminer le niveau adéquat de
maturité SSI d’une organisation en fonction de
ses enjeux SSI, l'approche, qui s’inspire de
l'ISO/CEI 21827 [40], propose de répondre à
douze questions (cf. Figure 8) concernant :
 les besoins de sécurité, selon les trois critères
de D-I-C, dont nous avons vu qu’ils
déterminaient l’essentiel des mesures de
sécurité fonctionnelles du socle de sécurité
(cf. §2.1 et §2.3) ; nous avons en particulier
vu que ces besoins étaient finement gérés
dans les approches de la NSA (cf. §3.3), de
l’ISA/CEI 62443 (cf. §3.5), avec son vecteur
de niveaux de sécurité, ainsi que dans
celle de la SSI Thales (cf. §3.6) ;
 les conséquences du non-respect des besoins
(cf. §2.2 et §2.3), sachant que nous avons vu
que la gravité de ces conséquences sont à la
base de la détermination du socle de sécurité
selon les approches du NIST (cf. §3.2), de la
NSA (cf. §3.3), et dans une moindre mesure
de l’IT-Grundschutz (cf. §3.4) ;
 le degré d’exposition aux menaces, sachant
que nous avons vu que le niveau de
cyberattaques est à la base de la détermination du
socle de sécurité selon les approches
d’EBIOS - Risk Manager (cf. §3.1), de
l’ISA/CEI 62443 (cf. §3.5), et, dans une
moindre mesure, de l’IT-Grundschutz (cf.
§3.4) et du NIST SP800-172 (cf. §3.2).
 l’importance des vulnérabilités, notamment
pour les systèmes dont l’organisation
souhaite assurer le maintien en condition de
sécurité.</p>
      <p>
        Il est intéressant (et logique) de voir que l’on
retrouve ici toutes les dimensions discutées
dans ce papier, et utilisées dans les différentes
normes et différents standards pour définir un
socle de sécurité. A ces dimensions, s’ajoute
l’importance des vulnérabilités.
4 Y compris en phase de réponse à appel d’offre, alors que
l’architecture n’est pas encore définie. Cette approche permet de
Proceedings of the 28th C&amp;ESAR (
        <xref ref-type="bibr" rid="ref54 ref59 ref71">2021</xref>
        )
remplir la réponse à l’appel d’offre à peu de frais, et d’établir une
première cotation du coût de la sécurisation du système.
225
Dans les démarches hybrides que nous avons
étudiées, l’hétérogénéité, l’ouverture et la
variabilité du SI (c'est à dire l’importance des
vulnérabilités, au sens de l’ANSSI), ne sont pas
des dimensions servant directement à la
sélection d’un socle de sécurité. Cependant,
chaque mesure d’un socle de sécurité est de fait
établie pour couvrir une ou plusieurs
vulnérabilités potentielles. Il est implicite que la
sécurisation par conformité comporte deux
grandes activités :
 la détermination du socle de sécurité (objet
de cette publication), puis
 l’étude de la conformité (du système réel) à
ce socle de sécurité.
      </p>
      <p>Cette dernière activité est indispensable. Il
est en effet très rare, voire hypothétique, qu’un
socle de sécurité puisse être parfaitement
implémenté, qu’il opère exactement comme
prévu et qu’il produise tous les effets désirés.
De fait chaque écart constaté peut (et même
devrait) être exprimé sous forme d’une ou
plusieurs vulnérabilités concrètes et
exploitables.</p>
      <p>Ce sont autant de vulnérabilités qui seront
amenées à alimenter les scénarios d’attaque de
la phase d’analyse des risques par scénarios.
L’analyse par scénario permet de statuer sur
l’acceptation des vulnérabilités, ou sur leur
couverture, par une mise en conformité directe,
ou par des mesures de sécurité complémentaires
et compensatoires. Par contraste avec la tâche
de sécurisation par conformité, cette tâche de
consolidation ou d’enrichissement du socle de
sécurité est réalisée par un spécialiste en
cybersécurité. Elle nécessite en effet une bonne
connaissance des vulnérabilités, e.g. [41], et des
techniques d’attaque, e.g. [42]. Elle permet
d’affiner le choix des mesures. Ce travail sera
d’autant plus facile à réaliser que la présélection
du socle de mesures de sécurité aura été
finement effectuée.</p>
    </sec>
    <sec id="sec-13">
      <title>4.2. Standards et outils support à une automatisation</title>
      <p>La systématisation, voire l’automatisation,
de la détermination d’un socle de sécurité, ainsi
que l’analyse de conformité du SI au socle, sont
des enjeux permettant à une organisation de
gagner en efficacité. Nous avons pu voir au
cours de cette publication qu’un ensemble
d’étapes peuvent être automatisées par des
opérations de filtrage et de manipulation de
tableaux recensant un ensemble de mesures de
sécurité et de menaces élémentaires associées.</p>
      <p>D’autres standards outillés viennent
compléter cette approche afin de passer d’une
approche basée sur une description des mesures
de sécurité de manière textuelle, propriétaire et
manuelle à une approche standardisée,
automatisable par l’utilisation d’un langage
machine et d’un format adapté.</p>
      <p>OSCAL – the Open Security Controls
Assessment Language [43], est un standard du
NIST permettant d’uniformiser le format
d’échange de données (XML, JSON, YAML)
pour la description et l’implémentation de
mesures de sécurité. Son utilisation est
actuellement déployée pour de nombreux
standards comme le NIST SP800-53,
FedRAMP, FISMA, HIPPA, PCI DSS.
L’ISO/CEI 27002 est en cours d’adaptation.
OSCAL permet, par l’utilisation de différentes
couches d’abstraction, d’assurer la sélection,
l’affectation, le suivi de l’implémentation et la
conformité des mesures de sécurité au sein d’un
système ou d’une organisation. Les mesures de
sécurité sont répertoriées en catalogues.
L’applicabilité pour un système donné est
exprimée sous la forme de profil ou socle de
sécurité. L’implémentation et l’évaluation sont
assurées par des couches dédiées. On peut
aisément s’interroger sur l’intégration de ce
type de format avec des outils utilisés pour
l’ingénierie système, comme DOORS [44].</p>
      <p>OSCAL vient soutenir d’autres initiatives de
standardisation de format comme SCAP –
Security Content Automation Protocol [45],
pour la gestion des vulnérabilités et le suivi des
correctifs de sécurité, ou encore OCIL – Open
Checklist Interactive Language [46] pour les
listes de vérification de durcissement des
systèmes.</p>
      <p>La limitation de ces approches dans une
démarche de détermination d’un socle de
sécurité tient dans le fait que ces formats
standardisés ne sont pas encore vraiment
utilisés dans les outils de gestion de risques.
Néanmoins, ceux qui intègrent la notion de
socle de sécurité proposent en général des
fonctions d’import assez flexibles, ce qui peut
permettre leur intégration, après adaptation, au
format de leurs bases de connaissances.</p>
    </sec>
    <sec id="sec-14">
      <title>4.3. Le mappage de standards : un besoin catalyseur d’une automatisation du socle de sécurité ?</title>
      <p>Sélectionner un socle de sécurité de manière
automatique, et le compléter à la marge
manuellement est un premier pas. Malheureusement,
c’est rarement suffisant. Avec la multiplication
des standards, la tendance actuelle amène à ce
que la plupart des systèmes réclament une
conformité à plusieurs standards. Typiquement,
si vous développez une application de
divertissement, les standards de développement
vidéo s’appliqueront. Votre application est
payante, les standards de gestion de comptes et
de systèmes de paiement s’appliqueront. Votre
application est hébergée dans les nuages, et un
autre lot de standards s’appliquera. Par ailleurs,
les standards applicables peuvent également
varier en fonction de l’acheteur, ou tout du
moins de son pays d’origine. Ainsi, un système
développé pour le marché européen pourra se
voir réclamer une conformité à d’autres
standards s’il est vendu en Amérique, ou en
Asie-Océanie.</p>
      <p>Une première approche pourrait être de
déterminer un par un les socles de sécurité
adaptés à chaque combinaison de standards.
Cette approche pouvait peut-être s’entendre il y
a quelques années en arrière lorsque le nombre
de standards applicables aux systèmes
d’information était encore faible. Désormais il
est illusoire de pouvoir mener à bien une telle
approche, de par le nombre de standards
actuellement applicables et l’arrivée continue
de nouveaux standards, au fur et à mesure de la
montée en dépendance de nouveaux secteurs
d’activités vis-à-vis des systèmes d’information
(p.ex. le secteur automobile aujourd’hui avec la
voiture connectée et demain avec la voiture
autonome, le secteur aéronautique et spatial
avec des vols sans pilotes, etc.) et l’explosion
combinatoire qui en résulte en termes de socles
de sécurité multistandards !</p>
      <p>Une autre option est d’envisager le mappage
entre standards. En effet, il existe de
nombreuses redondance entre tous les standards. Etre
conforme à un standard implique souvent une
conformité partielle vis-à-vis d’un ou plusieurs
autres standards. Le mappage entre standards
permet de déduire automatiquement cette
conformité induite, ne laissant qu’une faible
part à l’analyse manuelle.</p>
      <p>Certains éditeurs de standards fournissent ce
mappage d’eux-mêmes, pour quelques
standards de référence. Par exemple, le NIST
fournit le mappage entre le NIST SP 800-53 et
l’ISO/IEC 27001 [47]. De même, la matrice de
traçabilité proposée dans la prochaine révision
de l’ISO/CEI 27002, comme expliqué au § ,
devrait apporter un élément structurant pour la
traçabilité multi-référentiels.</p>
      <p>Les feuilles Excel sont très utilisées dans la
communauté pour mapper les standards entre
eux. Cependant, les feuilles Excel atteignent
vite leurs limites quand le mappage doit être
réalisé entre plus de deux standards. Certains
outils de management des risques (e.g., ARM
[48]) reprennent à leur compte les principes de
mappage sur Excel, en autorisant le mappage
des standards deux à deux. Cela permet d’aller
un peu plus loin qu’avec Excel, mais comme la
transitivité entre standards n’est pas vraiment
assurée, chaque ajout de nouveau standard
implique un nombre croissant de mappages
avec les standards en base.</p>
      <p>Pour contourner ce problème, une autre
approche consiste à s’appuyer sur un référentiel
pivot de mesures de sécurité. Ainsi, chaque
nouveau standard est mappé avec le pivot, qui
assure ensuite son mappage avec tous les autres
standards saisis. C’est le cas du produit CDCAT
[49]. La SSI de Thales a également eu cette
approche vis-à-vis des réglementations
applicables aux SI internes de Thales et s’est
pour cela appuyée sur la solution DOORS [44]
d’IBM, un outil de gestion d’exigences. Par
définition, le référentiel pivot se doit d’être le
plus exhaustif possible. Sa constitution initiale
demande un réel investissement - de l’ordre
d’un semestre a été nécessaire à la SSI de Thales
pour l’établir. Ensuite le mappage avec un
nouveau référentiel dans l’outil de gestion
d’exigences demande de quelques jours à
quelques semaines de charge effective. Ce
temps de mappage d’un nouveau standard est
directement lié à la taille du pivot. APMG
International annonce ainsi des temps de l’ordre
de trois à six semaines pour son outil CDCAT.
Ensuite, la génération d’un socle de sécurité
multistandards se limite à une simple requête
dans l’outil. Dans ce contexte, le maintien de
manière centralisée du référentiel pivot sera un
gage de sa pérennité dans le temps.</p>
      <p>Un point très structurant dans cette approche
est le choix du niveau de granularité du
référentiel pivot. En effet tous les standards
actuellement en circulation n’ont pas un niveau
de granularité homogène, entre ceux d’assez
haut niveau comme les ISO-27001 &amp; 27002 et
ceux très précis comme l’IT Grundschutz
Kompendium [13] du BSI ou encore les
standards du MITRE [42] et du NIST [10], etc.
Le niveau de granularité à adopter pour le
référentiel pivot est le facteur prépondérant sur
l’effort à fournir pour le travail préparatoire de
détermination du référentiel pivot.</p>
    </sec>
    <sec id="sec-15">
      <title>5. Conclusion</title>
      <p>Nous avons défini le besoin de sécurité
comme la tolérance maximale qu’une
organisation peut s’autoriser sur les différents critères
de sécurité (i.e. disponibilité, intégrité et
confidentialité) vis-à-vis de ses valeurs métier
avant de sortir d’un fonctionnement nominal,
voire de rentrer en gestion de crise. Nous avons
défini le franchissement de cette ligne rouge
comme un événement redouté. Nous avons
montré que le niveau d’impact des
conséquences de ce franchissement de ligne rouge
permettait de définir la gravité de l’événement
redouté de façon objective. Nous avons insisté
sur le fait qu’il ne fallait pas confondre le niveau
du besoin de sécurité, et la gravité de
l’événement redouté associé, car la distinction entre ces
notions est essentielle à l’automatisation de la
détermination d’un socle de sécurité ajusté. Le
niveau du besoin de sécurité guide la sélection
des mesures de sécurité fonctionnelles ; le
niveau des enjeux guide le choix des mesures de
sécurité non-fonctionnelles.</p>
      <p>Dans un second temps, nous avons montré
que les normes et standards de cybersécurité
récents préconisent des démarches hybrides.
Tout d’abord une approche de la sécurisation
par conformité, au juste besoin et proportionnée
aux enjeux et/ou aux menaces, qui repose sur la
détermination d’un socle de sécurité. Puis une
approche itérative consistant à enrichir si besoin
ce socle par l’analyse détaillée de scénarios
d’attaque, notamment concernant les menaces
persistantes avancées (APT).</p>
      <p>Nous avons montré que la sécurisation par
conformité au juste besoin traite l’essentiel du
problème de la sécurisation, et qu’elle peut
souvent être menée en autonomie par des
experts métiers, c'est à dire sans le support d’un
spécialiste en cybersécurité. En effet, une fois le
référentiel choisi (e.g. BSI Standard 200-2 [34],
NIST SP 800-53B [27], ISA/CEI 62443 [14] ou
profils ad-hoc tels que les profils de Thales [21]
[22]), le processus est simple, uniquement basé
sur une analyse du besoin et un bonne
connaissance du métier. Ce dernier point comprend la
compréhension des enjeux et/ou le niveau
attendu de cyberattaques. Ces étapes sont
encore relativement manuelles, y compris dans
les grands groupes comme Thales, mais
l’analyse faite dans ce papier montre que le
potentiel pour une automatisation est réel
lorsque les notions en jeu sont bien comprises.</p>
      <p>Au-delà de la détermination du socle, nous
avons aussi évoqué l’importance de l’étude de
la conformité du système au socle. Chaque écart
constaté est assimilable à une vulnérabilité qui
doit être traitée lors de l’étude complémentaire
d’analyse de risque par scénarios. Cette dernière
activité, complémentaire à l’activité de
sécurisation par conformité, est quant à elle menée par
des spécialistes en cybersécurité. De ce fait, la
sécurisation selon les approches hybrides
devient l’affaire de tous, et pas seulement des
spécialistes en cybersécurité.</p>
      <p>Enfin, nous avons évoqué quelques outils
qui peuvent venir en soutient à cette
automatisation de la détermination de socles de
sécurité. Malgré l’émergence de ces standards
outillés, le chemin vers une automatisation
avancée (i.e., autre que l’automatisation d’un
simple regroupement d’exigences) s’annonce
long et complexe. Un sondage récent au sein de
Thales a permis d’identifier 105 standards clefs
pour les métiers du Groupe, et cette liste est
probablement encore incomplète. Le potentiel
d’automatisation et de mappage entre standards
devra être étudié avant d’investir sur une
automatisation concernant certains de ces
standards. Le point clé pour permettre une
avancée conséquente dans ce domaine est le
partage des bases de connaissances et matrices
de traçabilité au sein de la communauté
scientifique. Ce facteur est le plus limitant car,
à l’heure actuelle, les initiatives de constitution
de socles de sécurité sont souvent faites de
manière individuelle et isolée, où chacun
réinvente la roue. Il nous faut maintenant
capitaliser sur des travaux précédents, focaliser
les efforts sur l’avancée des techniques
d’automatisation, ainsi que sur leur outillage.</p>
    </sec>
    <sec id="sec-16">
      <title>6. Remerciements</title>
      <p>Ce papier a été partiellement financé par les
projets Européens FORESIGHT (réf. 833673)
et PRAETORIAN (réf. 101021274).</p>
    </sec>
    <sec id="sec-17">
      <title>7. Références</title>
      <p>[1] Department of Trade and Industry
(DTI), Code of Practice for Information
Security Management', London: British
Standards Institute (BSI), 1992.</p>
      <p>[2] ISO/CEI 27002, Technologies de
l'information — Techniques de sécurité —
Code de bonne pratique pour le management de
la sécurité de l'information, Edition 2 éd.,
Organisation Internationale de Normalisation /
Commission Electrotechnique Internationale,
2013, p. 88.</p>
      <p>[3] ISO/CEI 27005, Technologies de
l'information — Techniques de sécurité —
Gestion des risques liés à la sécurité de
l'information, Organisation Internationale de
Normalisation / Commission Electrotechnique
Internationale, Juin 2011, p. 77.</p>
      <p>[4] NIST SP800-30 rev. 1, «Guide for
Conducting Risk Assessments,» National
content/FR/TXT/PDF/?uri=CELEX:32016L11
48&amp;from=FR. [Accès le 08 04 2021].</p>
      <p>[13] BSI, IT-Grundschutz-Kompendium,
Bonn, Germany: Federal Office for Information
Security (BSI), Feb. 2021.</p>
      <p>[14] ISA/CEI 62443, « Réseaux industriels
de communication - Sécurité dans les réseaux et
les systèmes », International Society of
Automation / Commission Electrotechnique
Internationale.</p>
      <p>[15] ANSSI SecNumCloud, « Prestataires
de services d’informatique en nuage
(SecNumCloud) - référentiel d’exigences »,
Agence nationale de la sécurité des systèmes
d’information (SGDSN/ANSSI), Paris, 11 juin
2018.</p>
      <p>[16] ISO/CEI 80001, « Application du
management du risque aux réseaux des
technologies de l'information contenant les
dispositifs médicaux », Organisation
internationale de normalisation / Commission
Electrotechnique Internationale, 2010.</p>
      <p>[17] ISO/SAE DIS 21434, Véhicules
routiers — Ingénierie de la cybersécurité,
Organisation internationale de normalisation /
SAE International, 2020.</p>
      <p>[18] PCI, «Les standards de sécurité PCI,»
PCI Security Standards Council, 15 01 2021.
[En ligne]. Available:
https://fr.pcisecuritystandards.org/minisite/env
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    </sec>
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