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        <article-title>Diagnostic automatique de l'état dépressif</article-title>
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          <label>0</label>
          <institution>Université des Antilles</institution>
          ,
          <addr-line>Campus de Fouillole - Guadeloupe</addr-line>
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    </article-meta>
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  <body>
    <sec id="sec-1">
      <title>-</title>
      <p>1.1</p>
    </sec>
    <sec id="sec-2">
      <title>Introduction</title>
      <sec id="sec-2-1">
        <title>Contexte</title>
        <p>Les troubles psychosociaux, et singulièrement les troubles
dépressifs, sont une maladie touchant plus de 300 millions
de personnes dans le monde. Ces troubles mentaux se
caractérisent par une tristesse, une perte d’intérêt ou de
plaisir, des sentiments de culpabilité ou de dévalorisation de
soi, un sommeil ou un appétit perturbé, une certaine
fatigue et des problèmes de concentration [1]. La maladie se
décline en plusieurs termes, souvent liés au contexte (par
exemple, la dépression post-partum, après la grossesse ;
ou la dépression saisonnière, liée au manque de lumière
l’hiver) et à la durée des symptômes, qui doivent
persister au moins deux semaines pour caractériser une
dépression [2]. Elle peut durer de quelques semaines à plusieurs
mois voire années. Les conséquences sur l’individu atteint
peuvent être multiples et de gravité variable. Parmi
cellesci, on peut citer l’isolement, l’absentéisme au travail, voire
même les mutilations ou le suicide. L’importance de venir
en aide aux personnes touchées est plébiscitée, et ce à
différentes échelles. Dans les entreprises, de plus en plus de
mesures sont prises afin d’assurer le bien-être des employés et
de réduire ainsi les facteurs de risque liés à la dépression.
A moins de consulter un spécialiste, les malades ne sont
pas toujours en mesure de réaliser qu’ils sont atteints d’un
trouble qui, dans une grande majorité des cas, peut se
guérir grâce à un suivi psychologique et/ou à la prescription de
médicaments adaptés [3].
1.2</p>
      </sec>
      <sec id="sec-2-2">
        <title>Travaux antérieurs</title>
        <p>Ces dernières années ont vu le nombre de travaux relatifs
à l’analyse automatique du comportement émotionnel
humain progresser de manière significative [4]. Plusieurs
tentatives pour modéliser les émotions humaines ont été
proposées, dont certaines sont très largement utilisées : une
modélisation soit continue (le circumplex de Russell [5]),
soit discrète (les émotions de base de Ekman [6] : tristesse,
joie, colère, peur, dégoût et surprise). L’usage de la
vidéo s’est petit à petit imposé comme source de données de
choix pour l’analyse émotionnelle, bien qu’historiquement,
des procédés plus invasifs aient été préférés, comme
l’électrocardiogramme ou la conductance cutanée. Deux cadres
d’études se distinguent. Le premier concerne la
reconnaissance des émotions et le second, sur lequel nous nous
focalisons ici, la prédiction des états dépressifs.</p>
        <p>
          Encourageant les travaux dans ce domaine, des challenges
internationaux tels que AVEC [
          <xref ref-type="bibr" rid="ref1">7</xref>
          ] ou FERA [
          <xref ref-type="bibr" rid="ref2">8</xref>
          ] invitent
les chercheurs à confronter leurs méthodes sur une base
de données commune. Wen et al. [
          <xref ref-type="bibr" rid="ref3">9</xref>
          ] ont utilisé des
descripteurs visuels dynamiques (LPQ-TOP) associés à une
régression par vecteurs supports (SVR) pour diagnostiquer
l’état dépressif, avec une erreur RMSE de 8.17 sur le
corpus du challenge AVEC’2014. Zhu et al. [
          <xref ref-type="bibr" rid="ref4">10</xref>
          ] obtiennent
une erreur de 9.55, en associant des images de flux
optique aux images statiques des visages dans des réseaux
de neurones profonds. D’autres approches tiennent compte
de la modalité auditive, utilisée notamment pour l’apport
d’informations de contexte importantes. Ainsi, Williamson
et al. [
          <xref ref-type="bibr" rid="ref5">11</xref>
          ] ont combiné des descripteurs faciaux
(sélection d’unités d’action) et auditifs (durée des phonèmes et
analyses des fréquences, notamment) dans des mixtures de
modèles gaussiens et obtiennent une erreur de 8.50 sur le
corpus AVEC’2014. Gong et al. [
          <xref ref-type="bibr" rid="ref6">12</xref>
          ] tirent profit des trois
modalités visuelle, auditive et contextuelle
(retranscription d’interviews) au moyen de régresseurs courants
(forêts aléatoires, descente de gradient stochastique et SVM,
machine à vecteurs supports) pour une erreur de 4.99 sur
le corpus DAIC-WOZ. Si certains travaux accordent une
majeure partie de leur effort à la sélection des descripteurs,
d’autres optent pour des méthodes connues pour leur
capacité à extraire l’information directement depuis les images
ou les bandes audios à disposition. Le corpus AVEC’2014
est étiqueté en termes de scores BDI-II et DAIC-WOZ en
termes de scores PHQ-8 (Patient Health Questionnaire,
ver. 8), qui sont deux méthodes d’évaluation de l’état
dépressif (voir partie 2).
1.3
        </p>
      </sec>
      <sec id="sec-2-3">
        <title>Contribution</title>
        <p>Le développement d’un système qui, suite à la
collaboration d’experts du domaine de la psychiatrie, pourra fournir
un diagnostic automatique de l’état dépressif est un axe de
bataille offert par l’Intelligence Artificielle pour prévenir
l’apparition de tels troubles. En ce sens, l’effort proposé ici
est double. Le premier est un outil orienté vers l’usage
individuel, permettant à l’utilisateur d’évaluer la sévérité de
la dépression dont il souffre. De cette manière, il pourra
décider de la suite à donner à l’évaluation en allant consulter
un spécialiste. Le second effort s’oriente vers l’usage du
système par les experts, notamment pour sa capacité à se
spécialiser sur un individu et à augmenter sa précision au
fil des entretiens. Ainsi, il disposera d’une aide au
diagnostic adaptée à chaque patient.</p>
        <p>Le système est basé sur un classifieur neuronal, adapté au
traitement de vidéos enregistrées ou capturées en direct. Le
traitement produit en sortie un score dépressif, en termes
du test Beck Depression Inventory II (BDI-II). Dans la
partie 2, l’on présentera les données utilisées avant de décrire
le classifieur utilisé dans la partie 3. La partie 4 pose les
conditions expérimentales retenues dans le cadre de cette
étude, et la partie 5 présente les résultats obtenus. Enfin,
une conclusion et une ouverture sur des perspectives
composera la partie 6.
2
2.1</p>
      </sec>
    </sec>
    <sec id="sec-3">
      <title>Données</title>
      <sec id="sec-3-1">
        <title>Corpus AVEC’2014</title>
        <p>
          L’AudioVisual Emotion Challenge (AVEC) [
          <xref ref-type="bibr" rid="ref1">7</xref>
          ] est un
concours international invitant les chercheurs à confronter
leurs méthodes et à comparer les performances obtenues
sur un même jeu de données.
Le jeu de données de l’édition 2014 [
          <xref ref-type="bibr" rid="ref1">7</xref>
          ] se présente sous la
forme de 100 vidéos (tâche Freeform) où un individu est en
interaction avec un avatar et répond à une question d’ordre
général (e.g. comment vous sentez-vous ? pouvez-vous
raconter un souvenir d’enfance ?) et de 100 autres (tâche
Northwind) où l’individu lit un passage écrit, en langue
allemande. Ces 200 vidéos sont réparties en deux
sousensembles : la partition dite de développement (ensemble
de motifs pour tester la généralisation) et la partition
d’apprentissage (ensemble des exemples pour construire le
modèle). Les vidéos sont constituées de frames, en nombre
variable (les vidéos n’ayant pas toutes la même durée),
enregistrées à raison de 30 par seconde, et contiennent des
informations visuelles et auditives. Chaque vidéo est
annotée d’un score, celui obtenu au test BDI-II (voir partie 2.2).
Une troisième partition, dite partition de test, ne comprend
que des vidéos (100 éléments), sans annotations. Les
performances prises en compte par les organisateurs du
challenge pour départager les participants sont calculées sur
cette dernière partition.
        </p>
        <p>
          Pour l’étude présentée dans cet article, nous retenons les
données visuelles des 200 vidéos des tâches Freeform et
Northwind. Cela représente un jeu de données de 291 155
images semblables à celles de la Figure 1.
Le test d’évaluation de l’état dépressif Beck Depression
Inventory (BDI) [
          <xref ref-type="bibr" rid="ref7">13</xref>
          ] a été créé par Aaron T. Beck., père de
la thérapie cognitive, en 1961. Il a subi plusieurs
modifications, visant à l’améliorer. En 1996, sa version II (BDI-II)
est un test auto-administré, comptant 21 questions.
Le score obtenu peut prendre une valeur de 0 à 63 ; il donne
une indication sur la sévérité de la dépression dont souffre
le patient, tel que précisé dans la Table 1. A l’époque de
l’apparition du test, il va à contrecourant des pratiques, en
se focalisant sur la perception qu’a le patient de son propre
état, plutôt que sur les enjeux psychologiques motivant son
comportement et ses réactions à un environnement donné
[
          <xref ref-type="bibr" rid="ref8">14</xref>
          ] (que l’on appelle, dans la littérature, la
psychodynamique). Le test se fonde sur des années de collectes de
données, de collaborations entre psychiatres, d’entretiens
docteur-malade et de révisions [
          <xref ref-type="bibr" rid="ref9">15</xref>
          ]. Le test BDI-II
bénéficie d’une corrélation positive avec l’échelle Hamilton
Rating Scale (HRS) [
          <xref ref-type="bibr" rid="ref7">13</xref>
          ], qui est un test administré par un
professionnel en psychiatrie. Il est important de noter que
dans le processus d’évaluation, le test BDI-II ne tient pas
compte de l’expression faciale ou verbale du sujet. L’étude
présentée ici démontre qu’il existe bien une forte
corrélation entre l’expression faciale et l’état dépressif puisque le
classifieur construit à partir des visages extraits des vidéos
permet de prédire de manière fiable la sévérité dépressive.
2.3
        </p>
      </sec>
      <sec id="sec-3-2">
        <title>Extraction des descripteurs et changement de repère</title>
        <p>
          Afin de classifier les vidéos selon leur score BDI-II, on
extrait, pour chaque image, un ensemble de 68 points faciaux
d’intérêt (voir Figure 2). Cela nécessite, en amont, la
détection et le redimensionnement des visages. L’extracteur
de points d’intérêts utilise le modèle de Kazemi et
Sullivan [
          <xref ref-type="bibr" rid="ref10">16</xref>
          ]. Le détecteur de visages (entraîné sur l’ensemble
i-BUG 300-W, voir Sagonas et al. [
          <xref ref-type="bibr" rid="ref11">17</xref>
          ]) implémente un
classifieur linéaire sur une pyramide d’images dans des
fenêtres temporelles, ainsi que sur des histogrammes de
gradients orientés. L’outil Dlib [
          <xref ref-type="bibr" rid="ref12">18</xref>
          ] a été utilisé pour mettre
en oeuvre l’extraction.
L’alignement des visages est également une étape
importante [
          <xref ref-type="bibr" rid="ref13">19</xref>
          ], qui permet notamment de limiter le biais
introduit par des facteurs tels que la distance à la webcam ou
la morphologie faciale du sujet, mais aussi
d’homogénéiser les données avant la classification. Afin d’aligner les
yeux, de centrer les visages dans l’image et
d’homogénéiser leur taille, les points subissent une translation de
vecteur !T, ainsi qu’une rotation d’angle (facteur d’échelle :
S). Cette transformation isométrique est un cas particulier
de similitude calculée pour chaque visage. La matrice de
transformation M est donnée par l’équation 1. Ces étapes
sont réalisées au moyen de la librairie OpenCV [
          <xref ref-type="bibr" rid="ref14">20</xref>
          ].
        </p>
        <p>M =
sxcos( )
sin( )
sin( ) tx
sycos( ) ty
(1)
3</p>
      </sec>
    </sec>
    <sec id="sec-4">
      <title>Modèle à base de prototypes</title>
      <p>
        Le choix du classifieur incrémental pour prédire l’état
dépressif a été motivé à la fois par les inspirations biologiques
sous-jacentes, comme démontré par Grossberg dès la fin
des années 80 (voir [
        <xref ref-type="bibr" rid="ref15">21</xref>
        ] pour une synthèse ce sujet) et par
le récent regain d’intérêt pour les modèles à base de
prototypes : Biehl, Hammer et Villmann [
        <xref ref-type="bibr" rid="ref16">22</xref>
        ] affirment en 2016
que de tels systèmes sont très intéressants pour l’analyse
de données complexes et de grande dimension.
3.1
      </p>
      <sec id="sec-4-1">
        <title>Le classifieur incrémental</title>
        <p>
          Le modèle ART (Adaptive Resonance Theory) de
Grossberg [
          <xref ref-type="bibr" rid="ref17">23</xref>
          ] est un système de classification neuronal capable
de s’adapter aux entrées dites significatives, tout en restant
stable face aux entrées non-significatives. Ainsi, si l’on
présente au système un exemple proche d’une représentation
qu’il connaît, il la modifiera en conséquence. En revanche,
si on lui présente un exemple inconnu, une nouvelle
représentation sera créée pour le prendre en compte.
Le classifieur incrémental utilisé ici est inspiré du
modèle ART et suit le même principe. Il a été proposé par
Azcarraga [
          <xref ref-type="bibr" rid="ref18">24</xref>
          ] puis modifié par Puzenat [
          <xref ref-type="bibr" rid="ref19">25</xref>
          ], qui
l’utilisait pour la reconnaissance de formes manuscrites. Il s’agit
d’un réseau de neurones dont la couche d’entrée est,
classiquement, adaptée à la dimension de l’espace des données.
La seconde couche est constituée de "neurones-distance",
les prototypes, qui sont totalement connectés aux neurones
d’entrée. Ainsi, à chaque présentation d’un exemple,
celuici est comparé à tous les prototypes en mémoire. Dans la
troisième couche, chaque neurone est connecté à un seul
et unique prototype (voir Figure 3) ; aucun apprentissage
n’est effectué par la couche de sortie.
        </p>
        <p>ENTREES</p>
        <p>PROTOTYPES</p>
        <p>CLASSES</p>
        <p>
          FIGURE 3 – Architecture du classifieur incrémental.
Selon le protocole précisé ci-dessous (partie 3.2), de
nouveaux prototypes sont créés pendant le processus
d’apprentissage. Néanmoins le fait que leur nombre, qui dépend de
la taille de la base d’apprentissage ainsi que du nombre de
classes, reste faible par rapport au nombre d’exemples
garantira que le classifieur aura extrait des données une
information synthétique. Les prototypes sont représentés dans le
même espace que celui des données, ce qui rend aisée leur
interprétation, ainsi que leur appréhension par des experts
dans le cadre d’un travail transversal [
          <xref ref-type="bibr" rid="ref16">22</xref>
          ].
3.2
        </p>
      </sec>
      <sec id="sec-4-2">
        <title>Apprentissage</title>
        <p>La phase d’apprentissage consiste en une seule passe de la
base d’exemples et elle suit un algorithme par compétition.
Initialement, le premier exemple est recopié comme unique
prototype et on l’associe en sortie à la classe de l’exemple.
Par la suite, pour chaque nouvel exemple présenté X, on
cherche le prototype Pmeilleur qui en est le plus proche,
au sens de la mesure choisie (voir discussion ci-dessous).
A priori, si la classe de Pmeilleur est celle de l’exemple, le
prototype est gagnant et sa connexion avec l’exemple est
modifiée afin de l’en rapprocher. Sinon, un nouveau
prototype est créé à l’image de l’exemple et est associé en sortie
à la classe de l’exemple.</p>
        <p>Une exception à l’adaptation de Pmeilleur relève d’une
condition plus subtile : on cherche, parmi les prototypes
les plus proches de l’exemple, le premier prototype dont la
classe est différente de celle de Pmeilleur, et on le nomme
Psecond. S’il y a risque de confusion, i.e. dans une zone de
l’espace d’entrée ou des motifs proches doivent être
associés à des classes distinctes, alors un nouveau prototype est
créé.</p>
        <p>Le sens de proximité se réfère ici à une mesure de distance
ou de similarité entre un exemple et un prototype. La
mesure est choisie en accord avec le problème à traiter, ce qui
rend les classifieurs incrémentaux flexibles et adaptables.
On peut utiliser une distance de Mahalanobis, qui accorde
un poids moins important aux composantes les plus
dispersées, ou une distance de Minkowski (équation 2) qui
permet un calcul plus rapide.</p>
        <p>n
X
i=1
dminkp =
j xi
yi j
p</p>
        <p>(2)
!1=p
Pour p = 2, on retrouve la distance euclidienne qui
est particulièrement adaptée aux situations où les
descripteurs sont des coordonnées, comme c’est le cas pour les
points faciaux d’intérêt. Après avoir vérifié que des valeurs
p &gt; 2 ne produisaient pas de résultats significativement
meilleurs, nous avons opté pour la distance euclidienne et
nous la noterons d.
3.3</p>
      </sec>
      <sec id="sec-4-3">
        <title>Hyperparamètres de contrôle</title>
        <p>L’algorithme d’apprentissage du classifieur incrémental
propose trois hyperparamètres de contrôle afin de
répondre au dilemme stabilité-plasticité (stability-plasticity
dilemma), c’est-à-dire de tenir compte des nouveaux
éléments à apprendre sans oublier ceux déjà mémorisés.
Seuil d’influence. Le seuil d’influence sinf du modèle
définit la valeur à laquelle doit être inférieure la distance
entre un exemple et son meilleur prototype, tel que décrit
par l’équation 3. Si cette condition n’est pas vérifiée, on
crée un nouveau prototype.</p>
        <p>d(Pmeilleur; X)
sinf
(3)
Seuil de confusion. Le seuil de confusion sconf aide à
lever les ambiguités dans les zones frontières entre classes
distinctes et s’utilise comme décrit par l’équation 4. Si cette
condition n’est pas vérifiée, on crée un nouveau prototype.
d(Pmeilleur; X)
d(Psecond; X) &gt; sconf
(4)
Coefficient de rapprochement. Lorsqu’aucun nouveau
prototype n’est créé, l’adaptation de Pmeilleur à l’exemple
X est contrôlée par le coefficient de rapprochement .
L’équation 5 décrit la modification des poids du neurone
prototype.</p>
        <p>Pour i tel que Pi = Pmeilleur,
8j; wji
wji + (xj
wji)
(5)
Plus ce coefficient est grand, plus la représentation
modélisée par Pmeilleur se rapproche de l’exemple et plus on
accroît la création de prototypes. A contrario, pour un
coefficient petit, Pmeilleur sera peu modifié et le nombre de
prototypes restera limité. On note que, pour = 0:5, on
calcule le barycentre entre les deux entités.
3.4</p>
      </sec>
      <sec id="sec-4-4">
        <title>Généralisation</title>
        <p>La généralisation respecte les mêmes contraintes que
l’apprentissage, mais il n’y a plus de création ni de
modification de prototypes. Pour chaque nouveau motif n’ayant pas
participé à l’apprentissage du modèle :
1. Présenter un motif X
2. Rechercher Pmeilleur tel que d(Pmeilleur; X) soit
minimale
3. Rechercher Psecond tel que la classe de Psecond
soit différente de celle de Pmeilleur
4. Si Pmeilleur est trop éloigné de X ou s’il y a risque
de confusion :
8 d(Pmeilleur; X) &gt; sinf
&lt; ou
: d(Pmeilleur; X)
d(Psecond; X)
sconf</p>
        <sec id="sec-4-4-1">
          <title>Alors rejeter X (non-réponse)</title>
          <p>Sinon Si la classe de Pmeilleur est celle de X,
Alors X est reconnu (bonne réponse)
Sinon X n’est pas reconnu (mauvaise réponse)
3.5</p>
        </sec>
      </sec>
      <sec id="sec-4-5">
        <title>Non-réponses</title>
        <p>Le classifieur incrémental est en mesure de produire,
en sortie, trois types réponses : une "non-réponse", une
"bonne-réponse" ou une "mauvaise réponse". En
particulier, une non-réponse est rendue lorsque le meilleur
prototype Pmeilleur de l’exemple d’entrée est trop éloigné de ce
dernier, ou lorsque la distance entre Pmeilleur et Psecond
est trop faible au regard de l’exemple. Cette réponse, en
plus de se rapprocher du diagnostic que ferait un humain,
peut être considérée comme un indicateur de fiabilité du
score dépressif calculé pour un sujet donné (voir 5.3). Dans
le cas où le système produirait un grand nombre de
nonréponses, la classification pourrait être jugée peu fiable.Le
cas échéant, le système peut être spécialisé sur l’individu,
via un réapprentissage du modèle, sur décision d’un expert.
Cette possibilité d’obtenir une "non-réponse" est une
spécificité précieuse de ce type de classifieur, le rendant plus
proche d’un diagnostic humain.
4</p>
      </sec>
    </sec>
    <sec id="sec-5">
      <title>Conditions expérimentales</title>
      <p>Le classifieur incrémental est entraîné pour associer à
chaque image (cf. 2.1) le score BDI-II de la vidéo dont
elle a été extraite. Afin de réduire les risques liés au
surapprentissage, et pour disposer d’un plus grand nombre de
classes représentées, nous avons mélangé les partitions de
développement et d’apprentissage dont nous disposions.
De plus, les exemples ont été stratifiés afin que chaque
classe soit toujours représentée en quantité raisonnable
dans les ensembles d’apprentissage et de généralisation.
A priori, il conviendrait d’apprendre un modèle en
régression pour lire en sortie la valeur du score. Cependant les
différentes valeurs sont en nombre limité (seulement 41
présentes dans les vidéos étudiées, parmi les 64 valeurs
possibles en théorie) et chacune sera considérée comme
une classe. Il est important de noter que le système ne
sera pas en mesure de discriminer, en généralisation, une
classe inexistante dans les données d’apprentissage. De
plus, compte tenu de la Table 1, on pourra a posteriori
regrouper les scores numériques dans des intervalles pour
qualifier de manière descriptive la sévérité de la dépression.
4.1</p>
      <sec id="sec-5-1">
        <title>Stratégies de test</title>
        <p>Nous retenons trois stratégies pour les expériences :
Classique : construction d’un modèle sur une base
d’apprentissage puis estimation de la performance
en généralisation sur une base disjointe ;
M
Validation croisée : une partition S = [m=1Sm de la
base de données S étant réalisée, apprentissage de
M modèles, chacun sur S = [k6=mSk, avec
estimation de sa performance en généralisation sur
Sm ;
Flux continu : un modèle ayant été appris, utilisation
en temps-réel pour prédire l’état dépressif d’un
individu placé devant une webcam.</p>
        <p>La stratégie "classique" a été mise en oeuvre en premier,
afin d’étudier le comportement du modèle et de valider
les choix de prétraitements et d’extraction des descripteurs
(présentés en 2.3). Au fil de ces expérimentations, la taille
de la base de généralisation a été fixée à 3/10e des
données, distinctes des 7/10e ayant servi à entraîner le modèle,
comme le récapitule la Table 2.</p>
        <p>TABLE 2 – Composition des ensembles de données pour la
stratégie classique</p>
        <sec id="sec-5-1-1">
          <title>Apprentissage</title>
          <p>Généralisation</p>
          <p>Total
Les meilleurs hyperparamètres pour le modèle ont été
déterminés au moyen d’une recherche en grille (grid search)
pour tenir compte des interactions entre hyperparamètres.
Les résultats présentés ci-dessous ont été obtenus avec un
seuil d’influence de 70, un seuil de confusion de 0:1 et un
coefficient de rapprochement de 0:1.
Les meilleures performances obtenues dans le cadre de la
stratégie "classique" sont présentées dans la Table 3 pour
les taux de succès et la Table 4 pour les indicateurs
d’erreur. Notons que ces résultats, en particulier les RMSE, ne
sont pas directement comparables avec ceux du challenge
AVEC’2014 cités en 1.2 dans la mesure où nous n’avons
pas accès à la partition de test réservée aux organisateurs
du challenge, et où nous n’avons pas choisi le même
partitionnement des données pour nos essais.
Cette stratégie oblige à construire le modèle en n’utilisant
qu’une partie des données (70% ici). En revanche, la
stratégie "validation croisée" permet, après estimation moyenne
de la performance en généralisation sur M modèles, de
construire un M + 1eme modèle qui apprend sur toutes les
données à disposition. La Table 5 donne les performances
pour une validation croisée avec M = 10, où l’algorithme
apprend sur 262 040 exemples et généralise sur les 29 115
restants. En effet, les bases Freeform et Northwind ont été
mélangées puisque la stratégie "classique" a démontré la
similarité de leur comportement.</p>
        </sec>
        <sec id="sec-5-1-2">
          <title>Moyenne</title>
          <p>TABLE 5 – Performances en validation croisée
sBcoorne intBerovnalle RMSE
90.73% 94.51% 4.30
MAE
0.97
On note un gain de performance d’environ 4 % en
passant du nombre de bien classés par score BDI-II au nombre
de bien classés par intervalle de sévérité dépressive. Cette
amélioration confirme l’existence d’une continuité entre
états dépressifs de sévérité proche, et témoigne de la
capacité du système à la saisir. Le nombre de prototypes est
de l’ordre de 15% à 18% du nombre d’exemples.
5.2</p>
        </sec>
      </sec>
      <sec id="sec-5-2">
        <title>Comparaison avec d’autres classifieurs</title>
        <p>TABLE 6 – Comparaison des performances des classifieurs
de la littérature</p>
        <p>SVM
MLP
Random Forest
C. Incrémental</p>
        <p>
          Bon score
Les performances du classifieur incrémental sont
comparées aux performances de classifieurs de la littérature dans
la Table 6. Les taux de succès ont été obtenus en
généralisation sur 30% des données via la stratégie classique exposée
en 4.1, après un apprentissage sur 70% de la base
complète. Les temps de réponse des classifieurs à un nouveau
motif présenté ont aussi été mesurés. Le CI n’est pas le
plus performant en termes de taux de succès, mais présente
le meilleur compromis entre qualité et rapidité de la
réponse. Ce point est essentiel dans le cadre d’un outil d’aide
au diagnostic puisque le système doit pouvoir donner une
estimation en flux continu.
À l’issue de la validation croisée, le classifieur a été
entraîné sur l’ensemble des 291 155 images disponibles.
Les performances à considérer sont celles obtenues en
moyenne (voir Table 5). Il peut désormais être utilisé
en prédiction pour fournir une estimation automatique de
l’état dépressif d’un individu faisant face à une simple
webcam [
          <xref ref-type="bibr" rid="ref20">26</xref>
          ].
        </p>
        <p>La fréquence des images est de 30 par seconde lors de la
capture. Cependant, l’expression dépressive s’évaluant sur
la durée, il n’est pas nécessaire de traiter toutes les images
produites. On fixe un nombre d’images n à traiter par
secondes (par exemple, n = 10) ainsi qu’une durée
d’enregistrement. Les images sont prétraitées et les descripteurs
extraits comme décrit dans la partie 2.3. Chacune est alors
comparée aux prototypes par l’algorithme de
généralisation (cf. partie 3.4).</p>
        <p>La sortie du système est une valeur d’état dépressif du
sujet filmé estimée par le score BDI-II majoritaire sur une
période p donnée en secondes (par exemple : p = 20).
Notons au passage que cette procédure permet d’effacer
au fur et à mesure les données personnelles qui n’auront
été enregistrées que temporairement. Comme suggéré
dans la partie 3.5, les non-réponses pourront être à terme
exploitées comme indicateur de fiabilité du classifieur.
5
10
15</p>
        <p>20
Score BDI-II
25
30
35
40
FIGURE 4 – Distribution des scores proposés par la
classification en flux continu
Il est important de noter que, dans ce dernier contexte, il
ne nous est pas encore possible d’évaluer de réelles
performances. Par exemple, la pertinence des scores BDI-II
fournis par le système ne pourra être validée que lorsqu’un
protocole expérimental sera mis en place, en collaboration
avec un expert humain (voir partie 6). Néanmoins, la
faisabilité du traitement on-line a été établie par l’un des
auteurs de cet article : en filmant son propre visage, il a
obtenu un score stable de 6 sur une période d’une vingtaine
de secondes, avec un nombre de non-réponses de 20 sur
500 matérialisé par la ligne horizontale sur la Figure 4.
200
180
160
ten140
a
ilss120
g
tre100
ê
fren 80
u
se 60
d
oM40
20
0 0
6, 196</p>
      </sec>
    </sec>
    <sec id="sec-6">
      <title>Conclusion et discussion</title>
      <p>Nous avons proposé un classifieur incrémental à base de
prototypes afin de déterminer l’état dépressif d’un individu
à partir d’une vidéo. Le prétraitement des images permet
de réduire fortement le biais introduit par les différences
d’échelle et les spécificités morphologiques des sujets. La
classification rapide autorise, sous couvert de validation
par un expert, le développement d’un module de
classification en temps-réel de l’état dépressif, en capturant le
flux vidéo directement via une webcam.</p>
      <p>Le système pourra facilement être utilisé par un praticien
comme outil d’aide au diagnostic et de suivi de patient,
ce dernier pouvant lui-même effectuer des évaluations
de son état à l’aide d’un matériel peu coûteux. Si cela
s’avère nécessaire, l’outil pourra être ré-étalonné (phase
d’apprentissage complémentaire) pour mieux s’adapter à
un patient précis. Sur le plan technique, notons cependant
que l’accroissement du nombre de prototypes aura pour
effet de ralentir le traitement. Pour cela, nous proposons
en perspective l’étude d’une procédure d’élagage, visant
à réduire le nombre de prototypes. Ce type de procédure
va de paire avec tout système incrémental, et est en phase
active de développement, raison pour laquelle elle n’est
pas présentée dans cet article.</p>
      <p>
        Notons enfin que la plupart des travaux sur la dépression
utilisent à la fois les modalités visuelle et auditive, à l’instar
de Yu et al. [
        <xref ref-type="bibr" rid="ref21">27</xref>
        ]. La prochaine étape de ce travail consistera
à entraîner, de manière indépendante et sur le même
modèle, un classifieur permettant de prédire l’état dépressif
à partir des données audio uniquement. La mise en
commun des deux modèles pourra ensuite se faire au moyen
d’un modèle de mémoire associative multimodale qui
réalise la fusion des données à l’aide d’une Bidirective
Associative Memory (BAM). Le modèle complet a déjà été
développé [
        <xref ref-type="bibr" rid="ref22">28</xref>
        ], sur la base d’une modélisation cognitive, et
il a démontré l’amélioration des performances par la prise
en compte de plusieurs modalités [
        <xref ref-type="bibr" rid="ref23">29</xref>
        ].
      </p>
    </sec>
    <sec id="sec-7">
      <title>Remerciements</title>
      <p>
        Le travail décrit dans cet article a été réalisé en Python. En
ce sens, ses auteurs souhaitent remercier les contributeurs
de Numpy [
        <xref ref-type="bibr" rid="ref24">30</xref>
        ], Scipy [
        <xref ref-type="bibr" rid="ref25">31</xref>
        ] et Scikit-learn [
        <xref ref-type="bibr" rid="ref26">32</xref>
        ].
      </p>
    </sec>
    <sec id="sec-8">
      <title>Références</title>
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